De Vives Voix #12 – 25 septembre – Madalena

Madalena, est un projet de Manu Théron pour lequel il a convié 23 chanteuses des pays d’Òc issues des groupes : La Mal Coiffée, Le Chœur de la Roquette, Encò de Botte, Misé Babilha, Les Super Belles.

Ce chant archaïque de la dévotion populaire en Provence se déploie ainsi en toute liberté, débarrassé des religieux qui l’ont banni. Une célébration rare et exaltante de la féminité et du plaisir de chanter, magnifiée par la spiritualité solaire de ce chœur unique.

Le texte dont les partitions ont étés égarées voilà plus de 2 siècles, a été longtemps interdit ou volontairement oublié. C’est une création inédite tant dans le fait que ce texte soit interprété en spectacle que du fait qu’il soit chanté par un chœur de 23 femmes : Anaïs  Andret Cartini, Hélène Arnaud, Myriam Boisserie, Karine Berny, Laetitia Dutech, Hélène Pagès, Iza François, Camille Simeray, Colette Guilhem, Lise Borki,  Dalèle Muller, Fanny Tulasne, Gaëlle Levêque, Mélodie Perrin, Audrey Peinado, Magali et Magalona Bizot, Annie Maltinti, Caroline Tolla, Carole Lazzeri, Muriel Chiaramonti, Géraldine Lopez, Marie-Noëlle Pieracci.

Manu Théron est musicien, chanteur, arrangeur, agitateur culturel, chercheur insatiable ; ceci faisant de lui un artiste érudit et talentueux  aux créations originales qui restent gravées dans la mémoire de celui qui s’y est arrêté. Manu Théron a participé à de nombreuses éditions de DE VIVES VOIX avec lo Cor de la Plana, ainsi que dans une création avec Renata Rossa, chanteuse du Nordeste du Brésil.  Madalena est un projet osé, sans concession et néanmoins empli de poésie

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« Madalena aux pieds du Christ mais hauts les choeurs avec Manu Théron le fondateur du Còr de la Plana passe du temps dans les archives. Il en a exhumé un cantique interdit en 1712, dans lequel les femmes chantent avec allégresse Marie Madeleine. Avec une musique « maison » et ce texte en occitan populaire du XIIè siècle, il convie 23 femmes à renouveler cette dévotion, qui doit peut-être autant à Artémis qu’à la Chrétienté.

Marie-Madeleine, pêcheresse repentie en prêche à Marseille (Musée du Vieux Marseille DR)

Voici plus de dix ans, dans le quartier Saint-Charles, Manu Théron passait son temps derrière les énormes écrans des Archives municipales de Marseille.
A l’époque, les chansons anciennes qu’il exhumait, pouvaient être déchiffrées à condition de glisser des centaines de fiches micro filmées dans l’appareil. La numérisation était en cours mais il y en aurait pour longtemps…
« Je tombe alors sur un texte chanté le vendredi saint place desTreize coins, alors place de l’Image (quartier du Panier, ndlr). On l’appelait ainsi en raison d’une pierre figurant une femme prêchant. Sans doute une allégorie à la parabole des débiteurs, qu’on trouve dans l’Evangile de Luc ».
L’image du prêche avait pu être associée à la conversion des Marseillais au christianisme. La tradition met cette dernière au crédit de Marie Madeleine, celle-là même qui essuie avec ses cheveux les pieds du Christ en croix.On l’a donc vénérée longtemps.
«Jusqu’au XVIIIè siècle, quand l’une des manifestations de la contre-réforme a assimilé cette vénération à de la superstitition. Monseigneur de Belsunce l’a faite interdire.»

Manu Théron : « Magdalena avait quelque chose à voir avec l’Artémis d’Ephèse »…pas très catholique tout ça! (photo MN) L’interdiction date de 1712, et serait due à l’impudeur affichée des femmes, soulevées d’enthousiasme en chantant : «Allegron si los peccador / Lauzan santa Maria / Magdalena devotament / Ella conoc la sieu’error, /Lo ma que fach avia, / Et ac del fuec d’enfer paor / Et mes si en la via / Per que venguet a salvament / Allegron…»

C’est ce texte en occitan populaire du XIIè, voire du XIIIè siècle,, qui sera exhumé par le créateur et semeur de nombreux chœurs occitans en Provence.
Plusieurs choeurs de femmes d’expression occitane ont participé à la création. «Cela m’a semblé évident,» reprend Manu Théron, «il fallait des femmes pour interpréter ce chant qui fait appel à la personnalité d’une Madeleine qui, à Marseille et dans ce texte, renvoie à l’Artémis d’Ephèse, et plus seulement à Marie. La féminité y est plus sauvage.»

Le texte, interdit au début du XVIIIè siècle avait toutefois survécu, dans les archives familiales d’un ancien chanoine.
« C’était mal écrit, heureusement fin XIX è, une édition critique recollera les morceaux épars, et remettra en ordre les feuillets rangés de façon incohérente ».

Pour la petite histoire, le chantier de la numérisation des Archives Marseillaises empêchera Manu Théron d’avoir accès à cette édition, qui sera consultée finalement sur le site internet de la Bibliothèque de Chicago.

On disposait donc du texte, mais pas de la musique. L’artiste devra la créer, avec la Compagnie du Lamparo.
Et le chant a été entendu par le public, à Aubagne en juin 2013, pour la première fois, durant les journées du «Monde est chez nous».
Il le sera ensuite à l’Estivade de Rodez, durant le même été, après que neuf répétitions aient mis en présence l’ensemble des chanteuses.
Manu Théron a découvert le chant traditionnel dans le Mezzogiorno, puis en Bulgarie, et en a rapatrié l’idée à Marseille.
sa pratique pouvait permettre une réappropriation de leurs repères culturels aux Provençaux, spécialement aux Marseillais dont l’histoire populaire est généralement évacuée par les institutions.
C’est pour cela que l’artiste crée en 2001 Lo Còr de la Plana. L’ensemble ira chanter occitan jusqu’au Carnegie Hall de New York en mars 2012.
De stage en projets, Manu Théron a essaimé véritablement idée et pratique, en favorisant la fondation d’autres chœurs, dont certains qu’on verra sur scène à Correns en juin 2014.

Article de Michel Neumuller – Source : http://www.aquodaqui.info